Il avait 33 ans. Bientôt 34, mais il ne le savait plus. Il avait cessé de compter les jours. Il ne savait pas non plus quelle heure il était. Il savait seulement que la sienne arrivait lentement, mais trop vite á son gout.
Il se regardait mourir dans le seul bout de miroir qui restait dans la pièce... Le seul bout qu’il n’avait pas détruit d’un coup de poing la veille, après recevoir la mauvaise nouvelle.
Ses yeux, autrefois verts au soleil, étaient gris depuis un certain temps. Mais depuis hier soir, ils étaient gonflés par les larmes, rougis par la haine, mouillés de désespoir.
Sa bouche tremblait de fatigue. Il n’avait pas dormi de la nuit. Il ne voulait pas perdre le peu de temps de vie qui lui restait. En regardant ses mains tremblantes, un sentiment de peur l’envahit. Il dut s’asseoir.
Un homme de 33 ans, autrefois heureux, autrefois beau, était là, assis par terre, dans une pièce plongée dans le noir, le visage enfoui dans ses mains pour qu’elles arrêtent de trembler, et empêchent ses larmes de couler.
Des bruits de pas au bout du couloir le firent sursauter, puis une sensation de chaleur lui brulait la nuque, les mains, les yeux. Le nœud qui se forma dans son ventre remontait lentement vers la gorge, l’étouffant. Il se leva. C’était le moment et il le savait. Il essuya ses larmes avec la manche de son uniforme.
Il s’approcha des barreaux de sa cellule. Il devait se comporter en homme face à la mort. Personne, ni même sa famille, convaincue de son innocence depuis toujours, devait savoir la terreur qui régnait en lui.
Il ferma les yeux, se soutenant aux longues tiges de fer qui le tenaient prisonnier depuis trop longtemps, et il pensa à son fils, sa femme, ses amis. D’heureux souvenirs prenaient place dans son esprit, avec comme bruit de fond, les pas de la mort qui s’approchaient de lui peu à peu.
Il était sur le point de sourire, submergé dans son passé, lorsque une lumière l’éblouit brusquement.
Il fit un pas en arrière, en essayant de récupérer la vue. Puis il entendit le bruit d’une porte qui s’ouvrait... mais ce bruit était loin. Pendant un instant il crut que son corps et son âme ce séparaient. Il n’arrivait pas à croire qu’il allait mourir avant son exécution, il eut peur de ne pas pouvoir prononcer ses derniers mots, destinés à sa famille. Son souffle s’accéléra.
Sa vue revenait et il put distinguer un autre homme, dans le même uniforme que lui, escorté par quatre policiers, juste en face de lui.
Ce n’était pas lui qui allait mourir ce soir-là, non, mais cette découverte ne le soulageait pas moins. Il était fatigué d’attendre la fin de ses jours dans le couloir de la mort. Pourtant, il n’avait pas le choix.
Au milieu de la route 66, le même jeudi pluvieux du mois de novembre, vers 2h du matin, une voiture grise, fars allumés, s’est arrêtée.
A l’intérieur, une jeune femme brune, la trentaine. Elle coupa le contact et s’effondra entièrement sur le volant, ce qui le fit klaxonner. Elle sursauta brusquement en serrant les dents, et donna un violent coup de poing en face d’elle : la radio s’alluma. La main endolorie, les yeux larmoyants, elle baissa le petit miroir au-dessus d’elle et se regarda un instant en silence. La tension dans la voiture était presque palpable.
La jeune brune ferma les yeux. Elle avait froid à présent. Le grésillement monotone émis par la radio, surement cassée, l’agaçait. Elle voulait du silence, être seule. C’était pour cette raison qu’elle était là, au milieu de nulle part, dans le noir : ici elle recherchait une sensation qu’elle ressentait tous les jours depuis un certain temps.
Elle inspira profondément, allait mettre les clés sur le contact quand soudain, parmi les grésillements, surgit un murmure, celui de Gainsbourg. « Tu te souviens des jours heureux et tu pleures... » Ses mains lâchèrent les clés, des larmes coulèrent le long de ses joues. Le regard perdu dans le vide, elle pleurait. Son corps secoué par les sanglots, la douleur installée sur son visage, elle essayait de se calmer, en vain.
On entendait la pluie tomber sur le capot, ce bourdonnement permanent éclipsait presque la douce mélodie qui l’anéantissait. « Comme dit si bien Verlaine au vent mauvais, je suis venu te dire que je m’en vais. » Le nœud qu’elle avait maintenant à la gorge l’empêchait de respirer, ses yeux bleus, aveuglés par les larmes, ne voyaient plus rien.
Ses lèvres mouillées tremblaient, tout comme ses mains. Elle hésitât un instant, « Tu suffoques tu blêmis à présent qu’a sonnée l’heure... », Entrouvrit doucement la boite à gants, laissant apparaitre un revolver noir qu’elle saisit de ses deux mains prudemment.
Elle inspira profondément pour une dernière fois avant de percer le silence d’un coup de feu et l’obscurité d’un éclair.
« Des adieux à jamais, oui je suis au regret, de te dire que je m’en vais... »
Ses yeux, autrefois verts au soleil, étaient gris depuis un certain temps. Mais depuis hier soir, ils étaient gonflés par les larmes, rougis par la haine, mouillés de désespoir.
Sa bouche tremblait de fatigue. Il n’avait pas dormi de la nuit. Il ne voulait pas perdre le peu de temps de vie qui lui restait. En regardant ses mains tremblantes, un sentiment de peur l’envahit. Il dut s’asseoir.
Un homme de 33 ans, autrefois heureux, autrefois beau, était là, assis par terre, dans une pièce plongée dans le noir, le visage enfoui dans ses mains pour qu’elles arrêtent de trembler, et empêchent ses larmes de couler.
Des bruits de pas au bout du couloir le firent sursauter, puis une sensation de chaleur lui brulait la nuque, les mains, les yeux. Le nœud qui se forma dans son ventre remontait lentement vers la gorge, l’étouffant. Il se leva. C’était le moment et il le savait. Il essuya ses larmes avec la manche de son uniforme.
Il s’approcha des barreaux de sa cellule. Il devait se comporter en homme face à la mort. Personne, ni même sa famille, convaincue de son innocence depuis toujours, devait savoir la terreur qui régnait en lui.
Il ferma les yeux, se soutenant aux longues tiges de fer qui le tenaient prisonnier depuis trop longtemps, et il pensa à son fils, sa femme, ses amis. D’heureux souvenirs prenaient place dans son esprit, avec comme bruit de fond, les pas de la mort qui s’approchaient de lui peu à peu.
Il était sur le point de sourire, submergé dans son passé, lorsque une lumière l’éblouit brusquement.
Il fit un pas en arrière, en essayant de récupérer la vue. Puis il entendit le bruit d’une porte qui s’ouvrait... mais ce bruit était loin. Pendant un instant il crut que son corps et son âme ce séparaient. Il n’arrivait pas à croire qu’il allait mourir avant son exécution, il eut peur de ne pas pouvoir prononcer ses derniers mots, destinés à sa famille. Son souffle s’accéléra.
Sa vue revenait et il put distinguer un autre homme, dans le même uniforme que lui, escorté par quatre policiers, juste en face de lui.
Ce n’était pas lui qui allait mourir ce soir-là, non, mais cette découverte ne le soulageait pas moins. Il était fatigué d’attendre la fin de ses jours dans le couloir de la mort. Pourtant, il n’avait pas le choix.
Au milieu de la route 66, le même jeudi pluvieux du mois de novembre, vers 2h du matin, une voiture grise, fars allumés, s’est arrêtée.
A l’intérieur, une jeune femme brune, la trentaine. Elle coupa le contact et s’effondra entièrement sur le volant, ce qui le fit klaxonner. Elle sursauta brusquement en serrant les dents, et donna un violent coup de poing en face d’elle : la radio s’alluma. La main endolorie, les yeux larmoyants, elle baissa le petit miroir au-dessus d’elle et se regarda un instant en silence. La tension dans la voiture était presque palpable.
La jeune brune ferma les yeux. Elle avait froid à présent. Le grésillement monotone émis par la radio, surement cassée, l’agaçait. Elle voulait du silence, être seule. C’était pour cette raison qu’elle était là, au milieu de nulle part, dans le noir : ici elle recherchait une sensation qu’elle ressentait tous les jours depuis un certain temps.
Elle inspira profondément, allait mettre les clés sur le contact quand soudain, parmi les grésillements, surgit un murmure, celui de Gainsbourg. « Tu te souviens des jours heureux et tu pleures... » Ses mains lâchèrent les clés, des larmes coulèrent le long de ses joues. Le regard perdu dans le vide, elle pleurait. Son corps secoué par les sanglots, la douleur installée sur son visage, elle essayait de se calmer, en vain.
On entendait la pluie tomber sur le capot, ce bourdonnement permanent éclipsait presque la douce mélodie qui l’anéantissait. « Comme dit si bien Verlaine au vent mauvais, je suis venu te dire que je m’en vais. » Le nœud qu’elle avait maintenant à la gorge l’empêchait de respirer, ses yeux bleus, aveuglés par les larmes, ne voyaient plus rien.
Ses lèvres mouillées tremblaient, tout comme ses mains. Elle hésitât un instant, « Tu suffoques tu blêmis à présent qu’a sonnée l’heure... », Entrouvrit doucement la boite à gants, laissant apparaitre un revolver noir qu’elle saisit de ses deux mains prudemment.
Elle inspira profondément pour une dernière fois avant de percer le silence d’un coup de feu et l’obscurité d’un éclair.
« Des adieux à jamais, oui je suis au regret, de te dire que je m’en vais... »
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